Avant-Propos

      Il y a une dizaine d’années en ouvrant une malle oubliée du grenier je suis littéralement tombé sur un document étonnant : un livret ancien relié que j’ouvre et qui laisse apparaitre un titre énigmatique : EN ROUTE VERS l’AZUR… En fait il s’agit du journal tenu  par mon grand père René Diamy, âgé de 17 ans, où il raconte jour par jour en 88 pages ses vacances avec ses parents  à Nice du 19 février au 11 mars 1905…

     Et je découvre avec intérêt, étonnement et ravissement le ressenti chargé d’émotions d’un jeune parisien, que j’ai connu grand père, racontant sans doute son premier long voyage depuis la Gare de Lyon jusqu’à son arrivée en gare de Nice après un périple de 19 heures, son installation rue Gioffredo et  surtout une description minutieuse et émerveillée de son séjour : Le Nice de 1905, ses quartiers, le Casino de la Jetée-Promenade détruit en 1944,  ses habitants hauts en couleurs et son tourisme cosmopolite,  avec des moments forts comme le Carnaval ou la Bataille de Fleurs de Villefranche avec la flotte française en arrière plan, mais aussi l’ensemble de la Côte de Cannes à San Rémo parcouru en tramway, train, calèche ou voiture. N’oublions pas qu’en 1905, ni télévision ni cinéma et une photographie encore embryonnaire, donc à part quelques représentations picturales, la Côte d’Azur est un endroit  fantasmé qui laisse place à l’imaginaire.

      Et puis soudainement, comme la madeleine de Proust, m’est revenue une lointaine conversation que nous avions eue où après avoir passé une semaine de vacances à Nice avec des neveux il m’avait dit avoir revu avec émotion les endroits où il avait séjourné au début du siècle. Il m’avait affirmé que ce voyage avait été pour lui un VOYAGE INITIATIQUE qui lui avait donné le gout de la découverte ; ceci explique peut être les voyages hors du commun pour l’époque des années Trente qu’il a réalisés avec Louise ma grand-mère : le Maroc de Tanger à Fès, l’Orient de l’Egypte à Constantinople en passant par Jérusalem mais aussi le voyage de plusieurs semaines en Europe Centrale jusqu’à Budapest avec ses amis Weisz, juifs hongrois émigrés en France dans les années Vingt et cousins de Kornel Weisz devenu sous le nom de Cornel Wilde une star du cinéma américain des années quarante à soixante ; par devoir de mémoire il faut savoir que les hôtes de mes grands parents à Budapest furent, comme la quasi-totalité de la communauté juive de Budapest, raflés à l ‘automne 1944 sur l’ordre de Adolphe Eichmann, déportés à Auschwitz et immédiatement gazés.

      Si j’ai mis ces pages en lignes après un sommeil de plus d’un siècle pour les lancer sur l’océan du web, telle une bouteille à la mer, c’est que j’ai pensé que ce texte pouvait intéresser de nombreuses personnes pour quelques motifs que cela soit : historiens, journalistes, passionnés ou nostalgiques d’une époque et d’une Cote d’Azur disparue. Les personnes un peu curieuses pourront comparer le texte et le style de l’écriture de ce journal avec celui des lettres écrites du front plus tard par mon grand père et que j’ai mises en ligne dans un autre site (voir LIENS) : narratif, descriptif et toujours chargé d’une certaine émotion.

      En effet dix ans plus tard jour pour jour, loin de la douceur de la Riviera, mon grand père, sergent au 303ème R.I. se battait pour survivre dans l’enfer des Eparges…